Pays nordiques, leur participation sceptique à l’UE

Les pays nordiques, un modèle, qui depuis quelques années, suscite toutes les convoitises et envahit notre quotidien, du Ikea du coin au récent hygge, ou comment vivre heureux à la danoise.

Qui sont ces fameux pays nordiques ? Il existe une première notion historique, celle des pays scandinaves. Les pays scandinaves sont au nombre de trois : la Suède, la Norvège et le Danemark. On parle de notion historique, en effet, puisque ces trois pays ont longtemps été réunis sous la même couronne. Une seconde notion, plus géographique, existe, celle des pays nordiques. Elle regroupe cinq pays : les pays scandinaves, Norvège, Suède, Danemark, ainsi que la Finlande et l’Islande. On parlera ici d’une notion plutôt géographique puisque ces pays constituent l’essentiel de l’Europe du Nord.

Afin d’avoir une idée générale du contexte dans lequel s’inscrit cet article, je vous propose un résumé des données importantes qui lient pays nordiques et UE. Pour clarifier la lecture de ce tableau, on précisera que l’Espace Schengen est une union d’États au sein de laquelle les personnes peuvent circuler librement. La Zone Euro correspond aux pays ayant adopté la monnaie unique de l’UE, le fameux euro. Et enfin l’AELE (Association Européenne de Libre Échange), est une union d’États en marge de l’UE, qui établissent entre eux une zone de libre échange.

 

Danemark

Norvège

Suède

Finlande

Islande

Forme d’État

Monarchie constitution-nelle

Monarchie constitution-nelle

Monarchie constitution-nelle

République parlementai-re

République parlementai-re

Adhésion

à l’UE

Adhésion à la CEE le 1er janvier 1973

NON membre

(demandes en 1972 et 1994)

Adhésion le

1er janvier 1995

Adhésion le

1er janvier 1995

NON membre (candidature déposée en 2009, retirée en 2015)

Espace Schengen

OUI

OUI

OUI

OUI

OUI

Zone Euro

NON

Couronne danoise

NON

Couronne norvégienne

NON

Couronne suédoise

OUI

NON

Couronne islandaise

Membre de l’AELE

NON

OUI

NON

NON

OUI

C’est bien connu, l’UE est en crise. Est-ce la raison pour laquelle certains pays nordiques et notamment la Norvège et l’Islande s’acharnent-ils à ne pas vouloir intégrer l’UE ? A fortiori, cela explique t-il pourquoi certains pays nordiques, États membres de l’Union européenne, comme le Danemark et la Suède s’entêtent-ils à ne pas vouloir adopter la monnaie commune, essence même de l’intégration européenne aujourd’hui ?

Les pays nordiques montrent une certaine volonté à vouloir participer à l’UE. Chacun veut sa part du succès européen et son rayonnement international, impossible à atteindre isolément. Cependant chacun de ces pays semble vouloir participer au projet européen mais un peu à ses propres termes et conditions.

D’abord les États membres de l’Union européenne, c’est-à-dire la Finlande, la Suède et le Danemark montrent un entrain certain pour l’Union européenne. La Finlande parce qu’elle est membre et a adopté l’euro, le Danemark parce qu’il est le premier pays nordique a avoir adhéré aux Communautés économiques européennes et la Suède pour avoir sa part du gâteau.

La Finlande fait figure de bon élève dans son intégration européenne : elle est membre de l’UE et est le seul pays nordique a avoir adopté l’euro. Pour autant, tout n’a pas été si facile pour la Finlande, puisqu’elle a dû organiser un référendum populaire pour pouvoir ratifier son traité d’adhésion à l’UE. La situation était en fait encore plus complexe si on prend en compte le fait qu’une des régions de la Finlande, l’Åland, possède le statut d’État libre associé. Ainsi la Finlande a dû organiser non pas un mais deux référendums populaires pour ratifier son traité d’adhésion à l’Union européenne. Conséquence logique de son adhésion, la Finlande a adopté l’euro facilement et sans avoir besoin d’organiser de nouveaux référendums.

Tel n’a pas été le cas pour la Suède et le Danemark. L’adhésion à l’Union européenne de ces deux États a également été soumise à des référendums populaires, selon les procédures prévues par leurs constitutions respectives. Le Danemark a donc pu intégrer les Communautés économiques européennes en 1973 et la Suède a intégré l’Union européenne en 1995. On soulignera d’ailleurs que le Danemark a intégré les CEE avec le Groenland, qui a ensuite obtenu son indépendance et, qui, par référendum a quitté les CEE en 1985. Néanmoins, la grosse différence par rapport à la Finlande, est que ces deux pays ont dû organiser un référendum quant à la question de l’adoption ou non de l’euro. Et c’est là tout le problème, puisqu’en 2000, le peuple danois s’est exprimé à 53,2 % en défaveur de l’adoption de l’euro et le peuple suédois à 56,1 % en 2003. A partir de là, deux systèmes se sont mis en place pour le Danemark et la Suède.

Le Danemark bénéficie d’un système d’opting out (option de retrait), qui lui permet d’être membre de l’UE tout en bénéficiant de dérogations exceptionnelles, qui lui permettent de ne pas prendre part à certaines politiques communes mises en place par l’Union européenne, dont la politique économique et monétaire. C’est d’ailleurs le même système qui a permis au Royaume-Uni de conserver sa Livre Sterling. C’est donc une exemption négociée qui est accordée au Danemark.

La Suède quant à elle n’a pas officiellement négocié d’option de retrait. Elle se prévaut du simple fait que le référendum organisé a conduit à un rejet de l’euro. Dès lors, elle ne peut constitutionnellement pas adopter cette monnaie, et ce, aussi longtemps que les résultats du référendum resteront négatifs. C’est un sorte d’exemption accordée de facto à la Suède.

Les principales raisons avancées quant aux refus du Danemark et la Suède d’adopter l’euro est le scepticisme général vis-à-vis de l’Union européenne. Ils dénoncent notamment les dérives budgétaires de ses principaux membres et craignent une instabilité de la nouvelle monnaie. Aujourd’hui encore le débat reste ouvert. Beaucoup de lieux touristiques danois et suédois proposent de payer en euros. Plus encore, des hommes politiques de certaines municipalités suédoises ont même demandé à ce que l’euro devienne leur monnaie officielle. Cependant, le scepticisme initial demeure grandement ancré dans les mentalités et nombreux sont ceux à rouvrir le débat aujourd’hui à la lumière du Brexit, qui en inspire plus d’un…

Pour ce qui est des États non membres de l’Union européenne, à savoir la Norvège et l’Islande, il apparaît pourtant une volonté forte de participer aux succès et réalisations de l’Union européenne. En ce sens on soulignera leur participation à l’Espace Schengen, et leurs demandes ratées d’adhésion à l’Union européenne. De plus on remarquera leur participation à l’AELE, qui montre sans nul doute une volonté de construire des liens commerciaux plus étroits entre États participants à l’AELE, mais surtout avec l’Union européenne avec qui l’AELE entretient des liens très privilégiés.

Un nouvel État qui souhaite adhérer à l’Union européenne soumet sa candidature à l’UE. Cette demande est ensuite soumise à examen par la Commission européenne et des négociations s’engagent avec l’État candidat pour conclure enfin un traité d’adhésion. L’Islande avait en effet introduit une candidature pour intégrer l’Union européenne en 2009. La principale raison de cette candidature était la crise financière dans un État aux banques démesurées par rapport à sa population. La perte de 50% de la valeur de la couronne islandaise a fait paraître l’UE comme une véritable bouée de sauvetage pour les islandais. Le gouvernement de coalition de gauche qui avait ouvert cette candidature prévoyait une adhésion très rapide, avant 2013. Ce calendrier n’ayant pas pu être respecté, les élections islandaises de 2013 ont donné la majorité à un gouvernement de centre droite. Le contexte ayant radicalement changé en quatre ans, la candidature de l’Islande n’était plus vue d’un si bon œil en Islande. C’est pourquoi le nouveau gouvernement a immédiatement gelé cette candidature, qui a finalement été officiellement retirée en 2015.

L’exemple de la Norvège est quelque peu différent. Pour ce petit mais fier pays il n’est pas tant question de volonté politique des dirigeants, mais de volonté directe du peuple. En effet, par deux fois la Norvège a été candidate à l’adhésion à l’Union européenne. La Constitution norvégienne prévoit néanmoins une consultation populaire avant de pouvoir adhérer à l’UE. Et là, ce ne sont pas les hommes politiques qui ont bloqué l’adhésion de la Norvège à l’UE mais le peuple norvégien, qui a voté non à 53,5 % en 1972 et à 52,2% en 1994.

On peut mettre ici en parallèle Norvège et Finlande.

En effet, la Constitution finlandaise subordonne également la ratification de traités internationaux à un référendum, alors pourquoi la Finlande est-elle membre de l’UE et pas la Norvège ? Plusieurs explications peuvent être avancées. La première est la crainte des norvégiens, petit pays, de ne pas réussir à faire entendre leur voix au sein des différentes institutions de l’UE (mais alors que devrait-on dire d’un pays aussi petit que le Luxembourg…). Une deuxième raison avancée est, celle d’un jeune pays indépendant. La Norvège a longtemps fait partie d’une union avec la Suède et n’a obtenu son indépendance qu’en 1905. C’est pourquoi la Norvège semblerait aujourd’hui réticente à faire partie de l’Union européenne, à peine sa souveraineté retrouvée. Mais ces raisons suffisent-elles vraiment à expliquer le refus catégorique de la Norvège à adhérer à l’Union européenne ? Quelle autre raison bien plus forte pourrait expliquer ce phénomène ? Imaginez un État qui vit principalement de poisson et d’eau fraîche… Et par eau fraîche je veux dire plateformes pétrolières en mer. La Norvège a donc rapidement fait le calcul : l’UE impose des quotas de pêche relativement stricts, alors que la participation de la Norvège au marché intérieur européen favorise la commercialisation de son pétrole et son gaz. Quel serait ainsi l’intérêt, autre que politique et diplomatique, pour la Norvège d’adhérer à l’UE aujourd’hui ? La Norvège profite aujourd’hui une relation très avantageuse avec l’UE, qui lui permet de participer à un grand nombre de politiques de l’UE (même si elle n’a pas de droit de vote) sans avoir à subir les politiques qu’elle considère néfaste à son propre développement, notamment en matière de pêche. Tout est réuni pour que la Norvège puisse finalement tirer le meilleur parti de ce l’UE a à offrir, sans avoir à en subir les contraintes.

En définitive, les pays nordiques, loin d’être réfractaires à toute idée d’intégration restent néanmoins dans l’ensemble plus que sceptiques quant à la construction européenne actuelle. Alors entre un manque d’attractivité de plus en plus flagrant de l’UE et une volonté très souverainiste des pays nordiques, la clé se trouve certainement à mi-chemin. L’exemple des pays nordiques illustre l’évolution actuelle qui tend, de plus en plus, vers une Union européenne à la carte.

LELOUP-REGNIER Constance

M1 Juriste européen, Promotion 2017-2018

 

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